BENOIST APPARU : Repenser l’urbanisme, pour des villes plus belles et plus durables Secrétaire d’État chargé du Logement et de l’Urbanisme depuis juin 2009, Benoist Apparu est au coeur du plan de relance du marché immobilier. Il livre ici, entre autres, les enjeux du Grand Paris et explique comment l’État peut répondre au mieux à la demande de ses concitoyens.
- Interview d'octobre 2010
Quel bilan tirez-vous des mesures gouvernementales destinées à réduire les effets de la crise de l’immobilier, telles que le dispositif Scellier, le doublement du PTZ et le Pass-Foncier ?
Ces dispositifs ont permis de soutenir le marché de l’immobilier. Le plan de relance, dont le dispositif Scellier est un des piliers, au même titre que le doublement du prêt à taux zéro, a permis de sauver près de 50000 emplois dans les secteurs de l’immobilier et du bâtiment. En 2009, ce sont au moins 60000 logements neufs qui ont été construits dans le cadre du dispositif Scellier ! Le Pass-Foncier, pour sa part, a été étendu au logement collectif sous la forme d’un prêt à remboursement différé, octroyé par Action Logement et il a rencontré un réel succès. L’objectif de 30000 Pass-Foncier pour 2009 et 2010 sera atteint d’ici à la fin de l’année. Le président de la République a également présenté, le 14 septembre, la réforme de l’accession à la propriété. Cette réforme, qui dispose de trois dispositifs principaux marquant les grandes étapes de l’accession (préparation, acte d’achat, sécurisation), est dotée d’un outil puissant, le PTZ +. Ce nouveau prêt à taux zéro est réservé aux primo-accédants sans condition de ressources, afin de solvabiliser un plus grand nombre de ménages. Le Gouvernement n’aura jamais autant investi pour soutenir l’accession à la propriété et, surtout, cette réforme marque une nouvelle étape vers la construction d’une France de propriétaires.
Un rapport du Conseil d’État de 2009 explique que la crise immobilière existe depuis deux siècles et que les politiques publiques destinées à résoudre ces difficultés ne se renouvellent pas. Comment expliquez-vous leur échec relatif, et quelles mesures pourraient y remédier ?
Il n’y a pas une crise générale du logement, comparable à celle que nous avons connue dans les années 1950, mais des crises à l’échelle de certains grands bassins de vie. Il ne s’agit donc pas de donner une réponse aux crises du logement, mais des réponses adaptées à chaque étape du parcours résidentiel : accélérer la rotation dans le parc social, accroître l’offre locative privée à prix abordable, ou encore soutenir l’accession à la propriété. Et c’est précisément ce à quoi s’emploie le Gouvernement. La meilleure réponse reste la construction, à condition qu’elle soit mise au service du développement durable.
De récents articles dans la presse ont fait état d’une “France moche” avec des abords de ville défigurés. Faut-il repenser l’urbanisme ?
Oui! Il y a matière à repenser l’urbanisme, pour des villes plus belles et plus durables. Contrairement aux “faubourgs” qui conduisaient autrefois à la ville, les entrées de ville sont souvent des lieux indéfinis, des enclaves qui ne conduisent nulle part. Non seulement cela ne valorise pas les villes, mais c’est aussi un énorme gâchis. Certains relèvent le défi en faisant de ces sites des territoires de projets, pour dessiner et construire un autre avenir. C’est tout le sens de l’urbanisme que je souhaite développer, en incitant à la construction de vrais projets urbains, pour une ville mixte et dense.
Y a-t-il, selon vous, un moyen de réconcilier centre-ville et périphérie ?
Réconcilier centre-ville et périphérie est un enjeu urbain aussi bien que social. De nombreux projets très concrets sont là pour nous prouver que c’est faisable. Je pense, par exemple, à la réaction de certains habitants de banlieue qui découvrent le centre-ville de leur agglomération grâce à la mise en service d’une ligne de tramway. Ou, à l’inverse, aux aménagements permettant l’accès depuis le centre à un équipement en périphérie. Comme le Stade de France, qui reste un symbole extraordinaire. Autre exemple : le choix de certaines agglomérations d’utiliser le même type de mobilier urbain, le même niveau de qualité pour les projets d’aménagement en banlieue et dans le centre. C’est une façon de considérer de la même façon les habitants, de signifier l’appartenance au même territoire. Enfin, je pense que la résolution de nombreuses difficultés actuelles dans le domaine de l’urbanisme passe par un projet partagé à l’échelle des agglomérations. Cette réconciliation, c’est aussi un sujet de gouvernance et d’engagement collectif des élus.
Quels sont pour vous les enjeux du Grand Paris? Quelles suites vont être données à la consultation de 2009 ?
Le projet du Grand Paris est aussi ambitieux que nécessaire : après la consultation Kyoto, après le Grenelle, il nous faut inventer un projet commun de ville durable pour ce grand territoire divisé entre tant de communes et de départements. Les enjeux sont pointés par les habitants eux-mêmes. Il faut répondre aux besoins de logements, nettement plus chers dans cette région où l’on construit deux fois moins que l’objectif de 70000 logements par an. Il faut aussi compléter le réseau de transport, desservir les zones aujourd’hui enclavées et, surtout, coordonner les développements urbains. C’est le rôle des contrats de développement territorial créés par la loi du Grand Paris comme nouveau mode de partenariat entre l’État et les collectivités. La consultation dont les résultats ont été présentés en 2009 a suscité un immense intérêt. Elle a ouvert de nouveaux champs de réflexion et conforté l’ambition que l’on peut avoir pour ce territoire. Il y a déjà des suites à visée plus opérationnelle sur certains secteurs, avec des collectivités qui étudient des projets d’aménagement. Il y a aussi la création de l’Atelier international du Grand Paris qui va poursuivre la réflexion globale et donner son avis sur des enjeux très concrets comme celui du tracé du réseau de transport structurant.
Comment réconcilier l’offre de logement avec les besoins des citoyens ?
Pour répondre au mieux aux besoins des Français en matière de logement, il est indispensable de territorialiser la construction. La surproduction de logements en zones non tendues (zone C) tend à accentuer les déséquilibres entre les différents territoires et c’est la cause première d’un taux de vacance élevé. Nous devons absolument garder à l’esprit qu’il n’y a pas une crise générale du logement, mais bien des crises ciblées sur certains territoires. Il est donc nécessaire de construire des logements là où les besoins sont les plus importants. C’est pourquoi l’État a décidé d’orienter ses efforts vers ces territoires, notamment à travers le dispositif ’investissement locatif Scellier puisque seules les zones A bis, A, B1 et B2 en bénéficient. Il en est de même pour la réforme de l’accession à la propriété présentée le 14 septembre, le PTZ + ayant, entre autres, la particularité d’adapter ses aides à la réalité du marché. La réforme permet ainsi de réorienter la construction dans les territoires déficitaires en offre de logements.
Le Crédit Agricole est un acteur engagé dans l’immobilier, à la fois comme prêteur, comme assureur et comme promoteur. Àvotre avis, quel rôle doit jouer un promoteur tel que CA Immobilier dans la construction d’une ville durable ?
Le promoteur joue un rôle essentiel dans la construction de la ville durable, à trois égards : par l’implantation géographique des biens construits, par la recherche d’une meilleure insertion dans la trame urbaine, et par les choix technologiques qu’il opère. De ce point de vue, la densification de l’espace urbain, le renforcement de la mixité sociale et le développement spectaculaire du BBC apparaissent comme autant de signes de succès. Mais le chemin reste encore long pour inventer et pour diffuser le modèle urbain de demain.
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