Manuel Valls, député-Maire d’Evry "Il faut réinventer la ville nouvelle"
Depuis, 2002 Manuel Valls a engagé une politique d’urbanisme ambitieuse en rupture avec les fondamentaux de la "ville nouvelle"
- Interview de mai 2008
Faut-il aujourd’hui repenser l’urbanisme ?
Oui, car il n’y a plus de véritable politique de la ville. Certaines métropoles régionales comme Lille, Nantes ou Rennes ont mis en œuvre des plans d’urbanisme ambitieux qui ont su redynamiser la ville et créer une véritable attractivité culturelle. Mais en banlieue, et notamment en Ile-de-France, la politique de la ville se limite trop souvent à la rénovation des quartiers sensibles sans vision globale du tissu urbain.
Comment expliquer l’échec du modèle des villes nouvelles ?
Les villes nouvelles sont nées d’une volonté de l’État, sans prise en compte de l’environnement et des attentes des futurs habitants. On a voulu, sans doute, aller trop vite. L’État s’est ensuite désengagé brutalement dans les années 1990.
Par ailleurs, le schéma urbain sur lequel ces villes ont été bâties (un centre-ville administratif, des quartiers périphériques très cloisonnés) a débouché sur une ségrégation sociale et parfois ethnique. On a construit d’un côté des logements sociaux et de l’autre du résidentiel (dont les acquéreurs sont souvent lourdement endettés), sans prévoir de logements en accession à la propriété pour les classes moyennes. Cette ségrégation a naturellement entraîné la violence sociale. En quelques années, les villes nouvelles sont ainsi devenues synonymes de violence urbaine.
Comment recréer une dynamique positive ?
Les villes nouvelles ont quand même des atouts : à l’origine, elles ont, par exemple, été dotées de nombreuses infrastructures. Ainsi, Évry est desservie par la ligne D du RER et par cinq gares. La voirie est adaptée aux transports en commun, avec un site propre exceptionnel et son réseau de bus. La ville compte, par ailleurs, un pôle universitaire et de recherche, avec Genopole, trois écoles supérieures, des équipements culturels et sportifs de haut niveau. Elle accueille également plusieurs sièges sociaux de grandes entreprises... Tous ces atouts doivent nous permettre de “relancer” la ville.
Mais cela ne pourra fonctionner sans une politique d’apaisement. Évry est une ville jeune (la plus jeune des villes françaises de plus de 50 000 habitants !). Il nous faut donc favoriser le dialogue interculturel et intergénérationnel. Pour cela, nous devons créer les conditions d’une vraie mixité sociale en diversifiant l’offre de logement et en décloisonnant les quartiers. Nous devons prendre en compte, en permanence, les questions de proximité en améliorant la propreté, le fleurissement, la
sécurité des personnes... Enfin, nous devons penser la ville dans une logique de développement durable.
Peut-on continuer à faire de l’étalement urbain, ce qui implique un renforcement de l’usage de la voiture individuelle ?
Comment concilier densité urbaine et respect de l’espace privé ? Ces questions sont déjà posées depuis longtemps aux Pays-Bas, par exemple, où les architectes sont contraints par le manque de terrains constructibles. Dans un contexte de crise énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique, il est temps que nous y apportions aussi des réponses innovantes.
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