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Philippe Pelletier, Avocat, Monsieur Bâtiment du Grenelle de l'environnement

"Nous sommes lancés dans une course de fond"

  • Interview d'octobre 2009

« Je ne suis pas né écolo », a-t-il parfois coutume de dire. Et pourtant, Philippe Pelletier est devenu le Monsieur Bâtiment du Grenelle de l’environnement. Rencontre avec un homme qui a fait du développement durable un engagement au jour le jour.


Le Grenelle de l’environnement vous doit paraît-il beaucoup. Quelle a été votre contribution ?

Jean-Louis Borloo m’a d’abord proposé, en marge des tables rondes auxquelles je ne participais pas, de définir des objectifs de rénovation pour le parc existant. À cette époque, j’avais déjà mené plusieurs missions ministérielles sur des sujets relatifs à l’urbanisme et au logement. J’ai donc rédigé un rapport sur le sujet au cours de l’été 2007, dont la plupart des propositions ont été retenues. J’ai par la suite animé le comité opérationnel dédié aux bâtiments existants, avant de me voir confier en début d’année la présidence du comité stratégique du Plan Bâtiment Grenelle.


Concrètement, en quoi consiste votre mission ?

Le Plan Bâtiment Grenelle vise à permettre la mise en œuvre des engagements qui ont été pris dans tous les secteurs de la construction. La consommation annuelle moyenne des bâtiments est actuellement de 250 kwh/m2/an. L’objectif est de la réduire progressivement afin qu’elle ne soit plus, tous bâtiments confondus, que de 50 kwh/m2/an en 2050. Concernant le bâtiment neuf, dès 2013, les bâtiments d’habitation devront être construits selon la norme BBC (bâtiment basse consommation), qui fixe précisément à 50kwh/m2/an le seuil de consommation énergétique. Cet objectif devra être atteint dès 2011 par le tertiaire privé et les bâtiments publics de l’État. Enfin, à partir de 2020, ne devront être construits que des bâtiments à énergie positive – autrement dit, des bâtiments qui, grâce à l’utilisation d’énergies renouvelables, produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Dans le bâtiment ancien, qui est de très loin le plus gros chantier, l’objectif est de diminuer la consommation de 12 % d’ici à 2012, de 38 % d’ici à 2020.


Vous avez été nommé il y a maintenant un peu plus de six mois. Pouvez-vous faire un premier bilan de votre action?

Une organisation s’est mise en place. Je l’ai voulue légère. Plutôt que d’animer une agence ou une délégation interministérielle, j’ai préféré me doter d’une petite équipe ouverte vers la sphère privée, composée d’un inspecteur des finances, d’un ingénieur des ponts et chaussées et d’un chargé de communication: nous disposons d’un réseau de quatre à cinq cents personnes qui régulièrement participent à nos travaux. Chacun est libre de faire entendre sa voix. L’essentiel est que nos débats servent la réflexion du législateur et la mise en œuvre du Plan. Cette méthode a déjà permis de faire aboutir plusieurs projets majeurs, comme celui de l’Éco-prêt à taux zéro.


Avez-vous le sentiment qu’avec le Grenelle de l’environnement, la France fait figure de bon élève du développement durable ?

Ce qui est certain, c’est que notre pays va rattraper son retard. L’évolution très rapide des mentalités y est pour beaucoup. Les Français ont très vite adopté le tri sélectif, ils se sont rués chez leurs concessionnaires pour profiter du bonus écologique, ils plébiscitent le bio et tout laisse penser qu’ils feront preuve de la même capacité d’adaptation sous l’impulsion du Plan Bâtiment Grenelle.


Les professionnels du bâtiment doivent-ils s’attendre à ce que leurs métiers évoluent ?

Ils seront sans doute incités à faire preuve d’une plus grande créativité, en particulier quand le moment viendra de passer au stade de l’énergie positive. Certains choix qui hier semblaient avant-gardistes – l’immeuble entièrement vitré par exemple – apparaîtront bientôt comme désuets. Grâce à l’intelligence conjuguée des promoteurs, des architectes et des banquiers, les bureaux et les bâtiments utilisés pour le commerce et la logistique ont beaucoup évolué. Ce n’est pas le cas des logements, qui n’ont guère changé. On peut donc espérer que, face au défi énergétique, l’esprit d’innovation, qui a permis de transformer l’immobilier tertiaire, profitera également au résidentiel. Il n’est en tout cas pas normal, alors que les modes de vie évoluent, que les logements n’évoluent pas. Le défi environnemental peut être l’occasion de faire émerger de nouvelles façons de concevoir les logements et de les habiter. On peut aussi imaginer que d’anciennes idées soient remises au goût du jour, par exemple celle de logements qui sont ouverts sur des parties communes ou de logements modulables reliés par des parties communicantes.

La construction BBC appellera également de nouveaux modes de collaboration entre l’architecte et le bureau d’études thermiques. Actuellement, le processus est très séquencé : le promoteur passe une commande à l’architecte, qui fait une esquisse, l’envoie au bureau d’étude thermique, et ainsi de suite jusqu’à la livraison de l’immeuble. À l’avenir, l’architecte devra collaborer de façon plus étroite avec le thermicien, car son esquisse portera déjà en elle-même des caractéristiques thermiques. On assistera à un phénomène semblable sur les chantiers : le fractionnement des tâches, d’après tous les spécialistes, crée des ponts thermiques. Les différents acteurs devront se rapprocher. Ici encore, l’approche globale du chantier s’impose.